J'attends, la sueur perle sur mon front, il faut se détendre, il faut reprendre ses esprits. Je patiente, mon dos est glacé, je dois retrouver mon souffle, il faut se mettre à l'aise.

Je suis là depuis 30 minutes, je suis arrivé 45 minutes avant l'heure. Personne ne sait que je suis là. Personne ne m'a encouragé, personne ne m'a réchauffé le coeur avant de partir.

Mon entrevue est dans 15 minutes, j'engage la conversation avec un candidat. Il est blême et arrive à peine à tenir une conversation. Je ne suis pas le seul à trembler. Un candidat sort. Il est pâle et titube. D'une voix à peine audible, il nous annonce qu'il n'est pas accepté. Le ciel nous tombe sur le tête. Nous prions pour ne pas être appelé par le même officier d'immigration.

Mon tour arrive. J'ajuste ma cravate. J'avale ma salive et j'arrange mes documents. Le grand saut, c'est maintenant. Dès que je m'assois, la pression retombe. La série de question démarre et les vérifications de documents fusent.

"Félicitation, vous avez réussi votre entrevue. Bienvenue au Québec." Une hallucination auditive? Non, elle l'a dit. J'ai réussi.

Je me suis vu citoyen du monde depuis ce jour. Je me suis senti libre depuis ce jour. Je me suis senti digne depuis ce jour.

Je m'en souviens comme si c'était hier.