Je roule tranquillement depuis deux heures. La route est quasiment vide. Mon esprit l'est moins. Je seul et je profite de cette solitude pour penser et réfléchir à mes projets, à mes problèmes, à mes angoisses, à mes espérances, a mon destin. Je réussis à m'imaginer bras-dessus bras-dessous avec ma dulcinée foulant une neige immaculée.

Je le vois au loin debout, le bras levé. Je vérifie mon compteur que je scrute d'ailleurs depuis mon départ. Rien d'anormal, je suis prudent et j'ai laissé une marge de plusieurs kilomètres par heure par rapport à la limite pour éviter toute altercation avec les barbouzes de la route. Quelle fut ma surprise quand il m'indiqua le bas coté.

Une simple vérification de routine, me rassurais-je. Papiers tendus, papiers vérifiés, identité déclinée, infraction annoncée. J'étais outré et ébahi. Aucun moyen de le convaincre, de le faire fléchir. Et pourtant, j'étais sûr de moi; depuis le départ, je scrutait mon indicateur.

Papiers confisques, amende demandée. Refus d'obtempérer. Je décidais de ne pas me laisser faire et de tenir tête. S'il fallait que j'aille chercher mes papiers au tribunal, j'irais mais je ne payerai pas d'amende à ce barbouze.

O surprise! Changement de mimique. Il propose l'arrangement à l'amiable. Que nenni! Je reste sur ma position. Je me vois déjà courir dans les couloirs pour me récupérer mon précieux sésame de conduite. J'obtempère et je m'arrange amicalement.

J'ajoute cet arrangement à mes frais d'immigration. Cela me parait le plus logique actuellement. Ils me poussent tous à partir.

Je m'en suis voulu de cet arrangement, je n'ai pas la conscience tranquille. Mais j'étais innocent, cette fois-ci au moins. C'était ma parole contre la sienne, il tenait mes papiers entre ses mains. Il n'avait aucune preuve de ma culpabilité et pourtant il me pointait du doigt.

C'est décidé, nous partons.