Qui veut tuer son chien l'accuse de rage. Je me répète ce que certains pourront me lancer à la face.

J'ai inscrit mon fils dans les registres de l'état, j'ai réclamé son passeport et bien d'autres formalités. Dans chacun des cas, mon interlocuteur savait que mon fil était un nouveau né, dans chacun des cas, des formalités concernaient un état de nouveau né. Mais rien aucune réaction, aucun sourire, aucune expression de sympathie. La neutralité de l'administration, l'impersonnalité des procédures me suis-je à chaque fois répété. Et puis ces gens sont des étrangers pour moi et je le suis pour eux. Pourquoi me féliciteraient-ils, pourquoi me glisseraient-ils un mot gentil ? Je ne suis qu'un numéro finalement, qu'un feuillet administratif qu'ils remplissent machinalement.

Ma famille était heureuse pour moi, mes amis m'ont appelé et m'ont félicité, mes collègues m'ont serré la main et embrasse sur les deux joues, mes voisins m'ont glissé un sourire, certains passants en me croisant avec mon fils tout fraîchement arrivé m'ont affectueusement regardé.

Cela me suffisait amplement et la réaction de l'administration ne me regardait même pas.

Et puis je reçois un courrier du Québec concernant la naissance de mon fils. J'avais auparavant fait les démarches pour l'inclure dans mon dossier. Rien d'extraordinaire, si ce n'est un petit carton au milieu de tous les formulaires administratifs. Je le prenais nonchalamment pensant que c'était un formulaire comme un autre.

Hé bien non ! C'est un carton écrit à la main où on me félicitait de la naissance de mon fils. Je tombais des nues. Ces gens ne m'avaient jamais vu, ne m'avaient pas entendu au téléphone et pourtant ils prenaient le temps et la peine de m'écrire un mot gentil.

Encore fois, certains me diront que j'en demande trop. Je n'avais jamais demandé ce geste, et ne pas recevoir n'aurait rien changé pour moi. Le recevoir m'a fait sourire, m'a fait réfléchir, m'a fait penser à ceux qui ne m'avaient rien dit.

Je suis profondément humain et mon environnement actuel ignore et ne respecte pas l'homme.