jeudi 13 avril
Transparence
Soutien à Jankari.
J'en suis attéré. Un tel acharnement, un tel tolé contre quelqu'un qui ne fait que son métier. La situation est absurde. On sanctionne celui qui relève l'anomalie. Que dire ? Que penser ? Quel exemple ! Quel enseignement.
J'ai failli y croire. Je retombe lourdement dans la triste réalité. Au lieu de laisser l'information aux personnes, on pousse les journalistes à s'autocensure. Blog, Blog, Blog quand tu nous tiens. Tu nous fais écrire tout haut ce que les autres censurent tout haut. La limite a finalement été atteinte.
Bloguez internautes marocains. C'est bien, mais pour nous divertir, nous amuser, nous annoncer ce que voulons entendre. Mais restez loin de la réalité, de la vérité. Exprimez-vous, épanchez-vous mais sans bousculer l'ordre établi.
D'un espace de liberté nos blogs vont devenir un espace de surveillance. Quand dans d'autres contrées, les blogs fusent, dérangent, relatent la vérité, bousculent, éclabousse, nos blogs sont sommés de se conformer à la pensée unique, à la pensée lisse et dorée.
Laissons derrière nous nos réflexes archaïques d'angoisse, de peur, d'autocensure. Laissons aux blogs leur liberté, laissons aux bloggueurs la possibilité de changer le monde. Je rêve peut-être.
Un exemple de transparence : http://www.cic.gc.ca/francais/depenses/2006-Q1/solberg/index.html
lundi 22 août
Que de frustrés nous sommes !
Je publie un article que j'avais publié sur emarrakech. Car ce phénomène prend une ampleur innommable en été.
Rouler en voiture et marcher dans la rue sont devenus synonyme de pêche.
Nous nous parons du meilleur.
On s’enorgueillit d’une culture plus que millénaire, on se targue de traditions séculaires, on se pare d’une histoire glorieuse. On se sent homme parmi les hommes, on se dit respectueux, on se pense éduqué.
On critique aisément la modernisation, verbalement on défi régulièrement la dissolution des mœurs.
Et pourtant !
Nos comportement sont tous autres, nos agissements sont en complets décalages avec nos éloquents discours.
Un nouveau hobby national.
Un phénomène me choque quotidiennement, me pousse à réfléchir, me donne matière à pense. La drague en voiture plus connue sous le nom de « pêche ». On lui a trouvé un nom qui déjà la transforme en hobby en passe-temps en activité extra-professionnelle.
Ceux-là mêmes qui se drapent de tradition, de famille, de respect n’hésitent a enfourcher leur canne à pêche pour pratiquer leur sport favoris. Cette activité est devenu un réflexe, une façon de vivre pour certain. Activité qui paraît normale quand la victime est une inconnue, activité qui devient hautement décriée quand la cible est une sœur, une cousine, une mère, une connaissance, une voisine. Une schizophrénie poussée au paroxysme.
Et puis une question me vient à l’esprit ? Comment planifie-t-on une partie de pêche ? Est-ce au petit bonheur la chance ? Est-ce planifié ?
Dans tous les cas, le comportement me parait absurde.
Supposons que notre pêcheur endurci pêche quand l’occasion se présente. A ce moment-là, il allait bien quelque part, il se dirigeait bien vers une destination. Il laisse tout tomber pour faire des stops incessants, pour gêner la circulation, pour rouler à la vitesse d’une piétonne, pour parler à quelqu’un se trouvant à plusieurs mètres de lui. Il me paraît évident que nous n’avons pas suffisamment d’activités sérieuses et que toutes les activités professionnelles ou autres passent au second plan. Quel gâchis de temps et d’énergie.
Supposons maintenant que notre pêcheur endurcit prenne son carrosse et se destine uniquement à son hobby favori. Il sort donc de chez lui pour traquer la proie et remplir son filet. Il roule donc incessamment, sur la droite bien sur, une main sur le klaxon pour les victimes qui marchent en lui donnant du dos et l’autre main sur la manette du phare pour les victimes qui marchent en lui faisant face. Le constat me paraît aussi grave. Prendre sa voiture pour draguer toute une journée ou toute une après-midi, sortir de chez soi avec cet unique but en tête, quel gâchis, quelle perte de temps, que de carburant engloutit. Il me paraît évident que nous manquons d’activité pour nous distraire ou alors que toute activité culturelle, artistique, physique en rebute plus d’un.
Et puis parlons des cibles. Elles se prêtent facilement à ce jeu macabre. Elles se glissent aisément dans les filets du pêcheur sans penser aux risques qu’elles peuvent encourir.
Nous sommes certes libres de nos comportements, de nos mœurs. Mais manquons-nous tellement d’endroits, de situations plus propices à des rencontres ? Cela semble vrai. Seul le racolage semble combler ce désir de rencontre.
En tous cas, je m’insurge sur cette pratique aussi dégradante pour l’homme que pour la femme. Créons des espace de rencontres sains et sans ambiguïtés. Rendons à nos piétonnes leur tranquillité.
samedi 06 novembre
Le Ramadan.
Ils roulent à toute vitesse. Ils ne respectent plus personne sur leur chemin, se croient libérés du code de la route, se pensent au-dessus de toutes les lois, de toutes les civilités, se croient tout permis. Soudain et comme dans un cauchemar, nous revenons en arrière, nous régressons dans nos comportements, nous perdons tout sens de vie en communauté.Un rien enflamme les esprits, une simple discussion se transforme en altercation, en rixe, en pugilat, en joute verbale, en situation infâme et intolérable.
Sommes-nous en état de guerre, sommes-nous maudits?
Nous sommes tout simplement en plein ramadan. Je croyais que ce mois de spiritualité était propice à la réconciliation, au rapprochement, à un comportement exemplaire.
L'activité se ralentit, le travail devient une charge excessive, le moindre prétexte se transforme en formidable excuse pour tirer au flanc. Faire son devoir est ressenti comme une torture. Mériter son salaire passe au second plan. Les maux de tête sont légions, la fatigue est permanente, le manque de sommeil est affiche comme une qualité, comme une preuve.
Somme-nous victimes d'un mal inconnu, sommes-nous victimes d'une épidémie?
Nous sommes tout simplement en plein ramadan. J'aurais pensé cette période propice au travail, au labeur, consacre au service de son prochain. "Le travail est une prière" dit-on chez nous.
Nous prenons un mois de vacances sans autorisation, nous traînons la patte pendant un mois, nous vivotons pendant un mois, nous nous disputons pendant un mois, nous devenons irascibles pendant un mois, nous faisons preuve d'incivilité pendant un mois, nous reportons tout pendant un mois.
Pour moi, le mois de ramadan ne serait supportable que pendant le mois d'août. Et encore, c'est à voir.
jeudi 14 octobre
Ils nous poussent à partir.
Je l'ai rencontré par hasard. C'était une chaude après-midi de septembre. Il venait de perdre son emploi. Je ne le savais pas encore. Nous avons longuement discuté. Sa situation était difficile. Il avait décidé de partir par n'importe quel moyen. Il était désespéré, il ne se voyait plus parmi nous. Il ne se voyait plus parmi eux. Moi, je suis déjà parti.
Il était prêt à tous les sacrifices pour quitter, pour prendre son envol. Je nous voyais dans la même situation. Nous étions pousse à partir. Moi je sacrifiais une situation au Maroc, beaucoup me le disent et lui sacrifie peut-être sa vie en se jetant les bras ouverts dans les flots. Nos directions étaient certes différentes mais le but recherché était le même.
Nous les remercions de nous motiver ainsi.
jeudi 30 septembre
Terrible réunion.
La journée fut dure. Le sourire sur toute les lèvres. Tout le monde était tranquille. Je l'étais moins. Le déjeuner fut copieux. La discussion charmante. Ils étaient tous motivés. Je ne l'étais plus. Les chemises étaient impeccables. Les tailleurs de haute couture. Ils discutaient. J'étais silencieux.
La réunion fut longue, mon attente insupportable.
Je pensais à tout sauf à ce qui passait autour de la table. Mon esprit vagabondait, mon coeur ralentissait. Je suis las d'être obligé d'attendre, d'espérer, de scruter une boite aux lettres vide. Je suis essoufflé sans avoir couru. L'obstacle me parait des fois infranchissable.
J'ai décidé d'aller de l'avant. C'est désormais la fuite en avant. J'ai l'impression que plus rien ne me retient et que je n'ai nul part où m'accrocher. J'étais au bord du gouffre et depuis quelques temps j'ai fait un pas en avant.
Mon horizon semble sombre et pourtant je fais tout pour que mon soleil se lève, que notre soleil se lève.
mardi 28 septembre
Un merveilleux week end.
Tout a commencé par une belle journée de samedi entièrement passée à prendre soin de nous et de notre petit chez-soi. Que c'est agréable de flâner avec ma dulcinée à la recherche du petit objet qui nous ferait plaisir. Nous avons trouvé quelques-uns.
La soirée se poursuit en compagnie d'amis de longue date. La table était excellente et l'humeur des convives toute aussi charmante. Délicieux regards sur le passé. Que c'est facile et apaisant, voire réconfortant de regarder derrière son épaule et de se remémorer les meilleurs moments. Nous nous sommes délectés de ces vieux moments tant déformés par le temps mais qui nous paraissent si proches, si clairs. Le présent finit par surgir, la vie réelle finit par s'inviter à notre table. Je suis peut-être conditionné pour déformer la réalité et la noircir. J'en suis sûr maintenant. Mais les autres, ils sont normaux, ils ne sont pas sous mon influence, ils ne savent pas que je quitte. Et pourtant, nous avons partagé les mêmes sentiments, nous avons débattu des mêmes raisons qui me poussent à quitter. J'ai résisté, j'ai gardé mon projet pour moi. Je ne veux pas être pris pour un marginal quand je sais pertinemment que je ne le suis pas.
Le dessert fut un régal. La fin de soirée une véritable ode à l'amitié.
Le dimanche fut familial. Belle journée ensoleillée, regroupement tribal, nourriture abondante, tous les ingrédients d'un dimanche comme on les aime tant. Et dire que je vais m'éloigner de tout ça, et dire que je vais m'isoler de ce cocon. Mes raisons sont plus fortes, mes motivations plus grandes.
Il faut que je parte au plus vite sinon je vais devenir fou. Ce week-end est le reflet de mon quotidien : merveilleux moments entrelacés de raisons pour quitter.
mercredi 22 septembre
Je me prépare lentement.
Mon quotidien se transforme. C'est difficile et des fois pénible de vivre dans l'attente du visa de départ. Mon quotidien est l'ombre de mon futur. Tout est fait de telle sorte à préparer le départ. Tous les calculs sont contraints par le paramètre départ.
Ma dulcinée me supporte dans cet état, elle est moins frénétique que moi mais tout aussi désireuse d'entamer cette aventure. Je me document, je parcours tout ce qui a trait au Canada, Québec. Cela me motive, cela me terrorise à l'idée que quelquechose pourrait bloquer mon projet.
Je sais ce que l'état de zombie veut dire. Je ne remonte la pente que lorsque ma dulcinée me sourit, lorsque je vois mes parents. J'en suis réduit à des plaisir de nouveau né. Tout le reste ne me fait ni chaud ni froid. Finalement pour moi, l'émigration est une renaissance.
Je rêve du jour où je deviendrai un immigrant, pour l'instant je ne suis qu'un probable émigrant.
dimanche 12 septembre
Recensé
Aujourd'hui j'ai été recensé. Acte citoyen car gratuit et avec une optique d'ameliorer notre quotidien. Mais le doute subsiste. Plus rien ne me semble en phase avec la réalité. En tous cas, cela ne fait que relancer le débat que j'évite si souvent. Pire encore, la crainte que cet effort financier et humain ne soit pas exploité. Je me fais peur. Plus aucun geste, même louable soit-il, n'arrive à me faire changer d'idée. Je me rends compte, horrifié, que des réflexes ancestraux que je voulais disparus refont surface : et si le but avoué de cette opération n'était pas le vrai, et si tout cela n'était que machination et mascarade, et si, et si ....... Cette décision de quitter, qui s'apparente à ma délivrance, m'éloigne encore plus de mon quotidien. Et je ne suis pas encore parti. Horreur : et si quelque chose capotait m'empêchant de partir ? Un froid glacial me traversa l'échine.