Je le sais depuis près d'un mois. Je suis rassuré sur mon sort. Je me crois fort. Je me sais rationnel. Je m'imagine le torse gonflé, le sourire aux lèvres, la liberté plein la tête.

Nous sommes jeudi, demain vendredi est le grand jour. Je n'arrive pas à dormir. Il fait trop chaud, il fait trop humide. Non, ce n'est pas ça ... J'ai trop chaud et je transpire à n'en plus finir. La tension augmente et je ne m'endors qu'à une heure avancée de la nuit. Mais rien n'y fait. Même pas mon état de fatigue avancée. Je me réveille plusieurs fois par heure, je n'arrête pas de me retourner, mes pensées sont confuses, une partie de mon destin est entre mes mains, ma vie va changer, notre vie va basculer, notre quotidien va être transfiguré.

Je prends la route. Je file vers mon destin. La tension monte. Ma dulcinée me rassure. Ma transpiration ne s'arrête plus, mon pouls s'emballe. Et si quelque chose défaillait. Et si un problème surgissait au dernier moment ? Et si on me le refusait au dernier moment ? Je transforme tous les détails insignifiants en un écueil infranchissable, j'imagine tous les scénarii possibles, je suppute beaucoup trop de choses, je me morfonds. La tension monte, ma transpiration s'accélère.

J'arrive devant la porte, je scrute la longue file, je regarde les mines stressées, je me rassure en échangeant quelques mots pour trouver mes repères. Tout le monde a peur, chacun stresse, personne ne dit mot, tout le monde regarde une porte de fer comme si c'était la porte du paradis, tout le monde attend son ouverture, chacun se tient prêt a s'engouffrer à la moindre occasion. J'en suis certain, tout le monde est plein d'espoir, chacun imagine le pire. Les couples chuchotent, les amis rassurent, ma dulcinée me réconforte. La porte s'ouvre, la file se resserre, les transpirations se mélangent, les respirations se raccourcissent, le silence se fait religieux.

Enfin dedans !!! Notre sort est jeté. les numéros s'égrènent, mon tour approche, ma respiration s'accélère, ma sudation devient insupportable. Ma dulcinée me réconforte, essaie de me rassurer me réchauffe le coeur. On m'appelle, je me précipite, je me jette, je n'entends plus rien, je cours, je ne vois plus personne. Chacun est seul dans son attente, nous avons tous choisi le même bateau, nous partirons tous.

On est tous assis et on attend. Le premier candidat est appelé au guichet. On lui signifie qu'il doit revenir plus tard. Le silence devient plus suffocant, un murmure grave et assourdissant traverse la salle. Mauvaise augure? Malchance commune? Fin d'un rêve? Début d'un désespoir? Finalement, il devra revenir dans quelques jours pour cueillir son billet pour la délivrance.

Le compteur continue à égrener les numéros. Je saute quand mon tour arrive. Je les prends à pleine main, je les serre contre moi. Nos visas d'immigration sont près de moi, je les touche, je les ai enfin.

L'avenir me dira si j'ai fait le bon choix. Mon espoir est immense, mes aspirations sans fin. Mon premier périple est terminé. Je suis abattu, fatigué, las. Ma journée se termine. Mon esprit vagabonde.